Jugement passé à tabac
Une longue discussion générée autour d’un écrivain, prix Médicis 1973, Tony Duvert, retrouvé à l’abandon, mort plus d’un mois après qu’il eut rendu son dernier souffle en reclus qu’il était devenu depuis de nombreuses années, invite à départager ce qui, du « pédhomophile » (selon l’expression de Duvert lui-même), de l’écrivain, de son oeuvre, de ses déclarations ou de sa vie, peut être jugé.
Or, seule à l’œuvre en son entier avons-nous accès. Juger du littéraire n’équivaut pas à juger la personne de son auteur. Juger adéquatement d’actes ou de déclarations exige une bonne connaissance des faits et des intentions. Juger avec justesse d’une vie, cela appartiendrait plutôt à la justice ou au Dieu des croyants. Toutefois, à ce qui paraît être connu, nous ne sommes ni omniscient ni omnivoyant, et Duvert paraît n’avoir jamais été convoqué en Cour de justice. Qui donc pourrait dès lors condamner ou innocenter Duvert, l’homme ? Peut-être, post-mortem, de présumées victimes, si elles existent. Pour le reste, juger du poids de sa plume exige que l’on sache lire, mais qui de nous sait le faire sans confondre ce qui nous habite et ce qui se dit réellement dans l’écrit ??

Qui, du Serpent ou de vous, charme l˚autre ?
