22/10/2007

   SerpentFractale  Hamlet au féminin…


Après l’inondation pour les uns, la glaciation pour certains, et l’orage, la foudre et le tonnerre pour d’autres…

Tableau totalement subjuguant - m’apparaissant tel un Hamlet au féminin -, découvert dans la magnifique édition des Fleurs du Mal de Baudelaire illustrée par la peinture symboliste et décadente (Éd. Diane de Selliers). Il y est mis en regard par devers les cinq dernières strophes du poème Bénédiction, qui le suivra ci-dessous :

Maria Magdalena, par Alfred Stevens (1887)

B É N É D I C T I O N

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poète apparaît en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :

– “Ah ! que n’ai je mis bas tout un nœud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !

Puisque tu m’as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d’amour, ce monstre rabougri,

Je ferai rejaillir ta haine qui m’accable
Sur l’instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu’il ne pourra pousser ses boutons empestés !”

Elle ravale ainsi l’écume de sa haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne
Les bûchers consacrés aux crimes maternels.

Pourtant, sous la tutelle invisible d’un Ange,
L’Enfant déshérité s’enivre de soleil
Et dans tout ce qu’il boit et dans tout ce qu’il mange
Retrouve l’ambroisie et le nectar vermeil.

II joue avec le vent, cause avec le nuage,
Et s’enivre en chantant du chemin de la croix ;
Et l’Esprit qui le suit dans son pèlerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

Tous ceux qu’il veut aimer l’observent avec crainte,
Ou bien, s’enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l’essai de leur férocité.

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d’impurs crachats ;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu’il touche,
Et s’accusent d’avoir mis leurs pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques :
“Puisqu’il me trouve assez belle pour m’adorer,
Je ferai le métier des idoles antiques,
Et comme elles je veux me faire redorer ;

Et je me soûlerai de nard, d’encens, de myrrhe,
De génuflexions, de viandes et de vins,
Pour savoir si je puis dans un cœur qui m’admire
Usurper en riant les hommages divins !

Et, quand je m’ennuierai de ces farces impies,
Je poserai sur lui ma frêle et forte main ;
Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,
Sauront jusqu’à son cœur se frayer un chemin.

Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,
J’arracherai ce cœur tout rouge de son sein,
Et, pour rassasier ma bête favorite
Je le lui jetterai par terre avec dédain !”

Vers le Ciel, où son œil voit un trône splendide,
Le Poète serein lève ses bras pieux
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l’aspect des peuples furieux :

– “Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs !”

Spleen et Idéal, I




   Libellé(s) ophidien(s) : Ceinte d'Écritures, Ceinte d'Art - par MD ~ @ (lien permanent) - 1:58 am

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4 Bô ââââhh !

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  1. Incroyable! La ressemblance est frappante ! C’est précisément comme ça que j’imagine ta tête. Seulement j’aurais ajouté à l’horizon, derrière une mer, une splendide ville, infinie, labyrinthique.

    Un bô ââââhh ! poussé par du Glas — 22/10/2007 @ 11:04 am

  2. En fait, Du Glas, si la vie était juste, ce serait à cette Marie-Madeleine que j’aurais dû ressembler mais, en réalité, j’ai actuellement un peu plus l’air de ceci (dernière photo) (désolée si cela détruit votre fantasmagorie…). Pour tout le reste, toutefois, ce qui se dégage de la pose et de l’expression de MM dans le tableau, vous ne vous tromperiez pas. Et, malgré que je me sentirais tout à fait chez moi dans le décor que vous auriez planté, celui-ci, s’enténébrant mais rendant les superbes feux d’un couchant ne dépare pas avec certains de mes états d’âme ou états de cieux me surplombant sans m’avoir demandé mon avis… ;-)

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 22/10/2007 @ 4:57 pm

  3. La réalité est toujours plus captivante que ce qu’on peut en penser, ou que le préformaté de l’art peut en révéler. MM résume ( et c’est court) ce que la réelle MD dispense( plus que chacun peut saisir).

    Un bô ââââhh ! poussé par du Glas — 23/10/2007 @ 10:44 am

  4. Les sentiments dinsuffisance et d’imperfection sont des dards auxquels l’artiste ne peut échapper, se rappellera-t-on, vous lisant, Chair du Glas… Même s’ils finissent par donner l’impression de bonnes vieilles chaussettes (vous savez, celles dont on ne se déferait pas ?), leurs pîques demeurent. Il s’en trouve pour qui on n’a pas à faire de dessin, puisqu’ils savent saisir le tableau…

    (J’aurais pu écrire simplement : ben oui, regardez donc qui parle, hein ? à votre adresse, mais l’expression brute ne vous sied pas, pis ça adonne ben, à moé non plus ;-) )

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/10/2007 @ 11:12 am

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   SultaneRouge   Qui, du Serpent ou de vous, charme l˚autre ?

Désolée, les commentaires sont fermés pour le moment, le Serpent s'étant défilé.



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