Lekti et Corti : émois où nouer des liens


Le Temps presse
Tant et temps
Que je m’empresserai désormais
De ne plus m’empresser.
Me dépêcher à me faire lente,
Doux vertiges,
Toujours plus lente.
Le Temps presse
Tant et temps
Que je m’empresserai désormais
De ne plus m’empresser.
Me dépêcher à me faire lente,
Doux vertiges,
Toujours plus lente.
« Les livres sont la nourriture de l’esprit », dit le coloré Snoopy sur un vieux signet de lecture que je possède. Gourmande, j’agrée vivement. Sauf qu’il ajoute : « Et de la nourriture, c’est toujours bon. ».
Certaines plus que d’autres, Snoopy. Certaines plus que d’autres.
Qui, au Québec (ou ailleurs ?) n’a pas déjà vu, il y a plus d’une trentaine d’années, la publicité de l’huile Crisco vantant le fait qu’elle ne goûte rien ne peut soupçonner la portée que tout ce procédé de production et de mise en vente aura eu, et a encore, sur nos vies. À son arrivée dans les chaumières, la seule distance qu’on avait vis-à-vis de la télévision était celle qui se mesurait physiquement.
La pub Crisco, elle repasse tous les jours d’ailleurs, et même des centaines de fois. Seul le produit a changé.
Singulière introduction, trouvera-t-on, pour vous entretenir de cet inestimable document audio qu’offre à écouter La bibliothèque sonore de Lekti-ecriture. Il s’agit d’une rencontre autour des éditions José Corti qui s’était tenue en novembre 2004 alors que la librairie Floury (Toulouse, France) avait invité à venir parler de leur travail les éditeurs et responsables de la maison d’édition José Corti, Fabienne Raphoz-Fillaudeau et Bertrand Fillaudeau.
Inestimable pour tout ce qu’il donne[r] à lire, à entendre et à voir, ainsi que le désirent, pour tout son contenu, ceux qui animent le site de Lekti.
Avant de poursuivre, il me faut peut-être dire que, s’il est question ici d’éditions ou de librairies françaises (mais pas de toutes les françaises), ce n’est pas parce que je cracherais sur ceux d’ici. Simplement, je ne les connais guère, et c’est bien possible que j’en sois la seule responsable. Il se trouve que mes rapports avec les livres - et la conscience que j’en ai - changent, en particulier depuis ces dernières années de maladie et l’avènement d’Internet dans ma vie.
Mais justement, à propos de ces rapports… Je ne dois pas avoir été la seule à en avoir de semblables. Et l’écoute de ce document m’a fait y réfléchir.
Les livres ont tôt fait partie de ma vie, ainsi que l’air que je respire. Toutefois, il n’y avait ni librairie ni maison d’édition, dans mon village natal, et possiblement pas à la ronde, dans toute la Gaspésie. Ils me sont venus par les bibliothèques d’école, par le vendeur itinérant de Grolier, par les magasins de magazines et de journaux, par le parrain de mon frère cadet qui lui avait donné son Encyclopédie de la Jeunesse avant d’entrer dans les ordres, par la famille élargie vivant dans les villes, etc.
Cela pour illustrer mon ignorance par devers ceux qui les fabriqu[ai]ent (et ceux qui les écriv[ai]ent, mais ça, c’est une autre histoire). Autrement dit, en dehors de ces occasions où, avec des proches, vous partagez de bons mets (ou de moins bons), les aliments qui ont servi à les concocter ne vous seront jamais arrivés que par le commerce. Le livre ne vous apparaît donc que sous la figure d’une marchandise, pratiquement.
Me revient cette anecdote assez récente. Une amie, citadine de naissance, m’avait raconté s’être risquée, un jour d’audace, à entrer chez le boucher, situé près de chez elle. Habituée des emballages plastifiés des chaînes d’épicerie, elle s’est trouvée assez horrifiée de voir le sang de la viande sur les planches où on la débitait sous ses yeux. Pas suffisamment dégoûtée pour ne plus en manger par la suite, notez.
Qu’est-ce que ça aurait été si elle avait vu en personne les animaux se faire tuer sous ses yeux, se demande-t-on !!!
Avec certaines limites d’évidence, il y a une analogie à relever entre cette histoire bouchère et cette timidité à se présenter devant un vrai libraire évoquée par Fabienne Raphoz-Fillaudeau, lors de cette rencontre inactuelle de novembre 2004, chez Floury. Qu’il vous faudra absolument aller écouter, parce que je n’en ferai pas le compte-rendu. Tout simplement parce qu’il vous faut les entendre par vous-même pour voir par vous-même ce qui a à être vu et entendu : ce déchirement du voile qui laisse entrapercevoir des âmes œuvrant à nous offrir des livres qui goûtent bon - parce qu’ils ont du goût, ceux-là -, cette petite poignée de personnes qui portent à bout de bras, et de cœur et d’esprit, une littérature et une édition dans une volonté d’alliance du beau et du rare, de la valeur et de la fragilité*.
~ ~ Rien de commun : la devise des Éditions José Corti. ~
* les pages mises en lien ne représentent pas spécifiquement les qualités auxquelles je les ai liées, puisque chaque collection peut s’en réclamer); l’intention étant surtout de donner au lecteur un aperçu du catalogue des éditions José Corti.
NdMD : le titre de ma note, Lekti et Corti : émois où nouer des liens peut aussi se lire Lekti et Corti, et moi, ou nous [vous qui me lisez, moi], et des liens.
2e NdMD : dire que je n’ai pas abordé le quart du dixième de tout ce que leurs propos (notablement dégagés de toute pédanterie, remarque-t-on aussi) ont eu de résonance en moi.
3e NdMD (ajoutée le mardi 14 août) : cette note ne rend pas compte de ce qui fut raconté à propos de José Corti lui-même et des défis à tenir par Bertrand Fillaudeau, qui a pris la relève des Éditions après la mort de Corti. Auquel s’est jointe Fabienne Raphoz-Fillaudeau ensuite. Il n’y est pas question de la vision artistique (parmi les plus hautes) de ces éditeurs-là et de tout ce que leurs choix ont exigé depuis l’existence de la Maison. Cela le document le dit, et ceux qui œuvrent dans ce milieu-là, ou qui écrivent, ou quiconque a une culture <i>livresque</i> un brin raffinée, ceux-là connaissent probablement ces choses. Ma note, en fait, s’adresse à tous ceux - que je crois très nombreux - à qui cet univers-là, mais surtout ces rapports au livre et à l’écrit, sont étrangers. De fait, j’ai plutôt cherché à cerner ce qui, dans notre monde, nous fait si ignorant, en tentant de faire le pont entre des réalités concrètes et ce qui nous échappe de celles méconnues ou inconnues. Plus précisément, en ce qui me concerne, l’écoute de ce document m’a permis de mettre le doigt sur le bobo, ainsi que l’on dit communément. Ou, si vous voulez, d’illustrer exactement le phénomène qui se produit en soi, à la lecture d’une poésie ainsi que définie par Fabienne R-F, c’est-à-dire qu’elle nous fracasse le crâne et nous remue. Nous réanime. Les Éditions José Corti sont ce poème. Précieux.

Qui, du Serpent ou de vous, charme l˚autre ?

L’illustration sonore sur Everything Is Political est de DJ Spooky.
Voir le lien.
Au plaisir de vous lire.
Guy D.
Un bô ââââhh ! poussé par Guy Darol — 14/08/2007 @ 4:29 am
Bonjour Serpente Marginale,
Il est vaste à sa façon, Dakein. Un jour, je vous dirai ce qu’il fait, chaque après minuit de la nuit. Pour moi, je m’y suis laissé prendre, à la courbe qui tient chaud. J’ai suivi la moulure. Et pour vous, si la spirale vous cueille de ses mains jointes…
Un bô ââââhh ! poussé par Alain Baudemont — 14/08/2007 @ 5:04 am
Merci, Guy D. J’ajoute un lien pour qui voudra aller écouter le fameux extrait dont il est question, et vous lire.
Surréaliste Alain, j’ai fait ma petite enquête, à propos de votre Dakein : j’ai d’abord trouvé ceci, ce qui ne m’a guère plus avancée, et puis cela, qui m’a surtout amusée, sans compter un lien où il était question de Pokémon… Voilàa une sacrée piste de jeux où un cirque peut monter sa tente. Dakein étant objet d’attraction central of course.
Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 14/08/2007 @ 8:26 am
Je signale que j’ai ajouté ce matin une 3e note de bas de page à mon texte.
Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 14/08/2007 @ 9:33 am
On a envie de frayer pas loin de ces gens là.
Me demande, par ailleurs, après quoi courent les athlètes* de gros sous, surtout quand leur terrain de jeu est la ‘culture’ .
*Je n’affectionne pas particulièremnt les sportifs de compétition, contrairement aux athlètes amateurs. Huons les Olympiques!
Un bô ââââhh ! poussé par du Glas — 15/08/2007 @ 8:24 am
Oui, chez Corti, conne chez Lekti, la parole n’est pas vaine, ni l’écrit. Et leur transmission se fait dans la trace.
Le plaisir de jouer et de se dépasser soi, pourquoi cela ne suffit-il pas ?
Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 15/08/2007 @ 9:21 am
À Marie-Danielle aperçue et entendue comme en Balthus
(Il dit)
L’ANGE
N’EST PAS
VENU
S’IL ÉTAIT
VENU
JE
L’AURAIS
VU
(Elle dit)
L’Ange se reconnaît toujours
À condition
Qu’il se donne à voir
Sous son meilleur angle
À condition
Qu’il se présente
Et que tu puisses le reconnaître
Le reconnaissant tu vois de la sagesse
À force de persistance
De la sainteté
La sensation de l’aile
Ajoutée de la douceur des plumes
Arrive enfin
Redoublée par l’échéance de ton grand âge
Et avec elle
La reconnaissance de ta propre singularité
Le tout est de durer.
Je dis qu’Il n’y a pas d’ombres ici qui lance un défi à l’identification. Pas plus que vendredi poisson ou samedi rien qui vaille. Chère Marie-Danielle j’avais joué affectueusement ce bruit de flûte à Scoop-Bidous et pas pour les sous. J’ai l’idée que ça n’a pas bruissé comme le vent le fait mieux que moi, alors je reflûte à Serpente Marginale. Qui sait.
Un bô ââââhh ! poussé par Alain Baudemont — 19/08/2007 @ 9:10 am
Alain, je vous remercie pour ce beau texte visionnaire. Pas de souci à vous faire : sur l’autre blog, j’ai activé une option de modération pour le premier commentaire d’un visiteur de mon blog, ce qui explique qu’il n’y était pas apparu aussitôt après votre envoi. Par contre, il semble que rien ne vous ait avisé qu’il y avait modération, et ça, j’avoue, est un peu embêtant… Alors, désolée pour ce malaise..
La durée est le tout. Flûte de champagne.
Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 19/08/2007 @ 1:27 pm