20/06/2007

   SerpentFractale  Poésie incarnée


« Laisse monter au jour ce que tu as vu dans ta nuit. »

Caspar David Friedrich, peintre allemand.

C.D. Friedrich
 
S’il ne faut pas mettre la lumière sous le boisseau, il y a des commentaires si éclairants (cité ci-dessous) qu’il vaut de les tirer de la voûte basse pour offrir aux yeux passant ce coin du ciel dégagé qu’on ne voudra perdre du regard, jamais…
 

« Un passage sublime, de Lovecraft. Une nature ardente ne peut pas, si elle est sincère avec elle-même, si elle accepte sa nature, si elle ne donne pas à des interdits une importance vide de sens, à des principes restrictifs une apparence de moralité qui vient simplement de la peur du futur inéluctable, si elle ne se réfugie pas dans des considérations trop humaines, une telle nature ne peut pas ne pas se sentir enflammée par le désir de connaître ce qui est au delà de sa perception immédiate, et cela, qu’elle soit plutôt matérialiste, ou plutôt spiritualiste au départ et par tempérament. Cette liberté d’esprit que réclame Lovecraft, liberté d’imaginer, liberté de deviner, de spéculer, c’est l’essence du génie, à mes yeux. Peu importent les dogmes : ce qui compte, c’est l’âme qui franchit les espaces, ou les seuils. »

 
Du coup, quand je lis des propos qui me remuent sens dessus dessous, toujours ces mots qui me montent aux lèvres, à l’adresse du bouleversificateur, en particulier (mais aussi devant le bouleversécrivain, le bouleversphilozof, bref tout bouleversêtre - mais je suis hétéro, eh oh!) : Voulez-vous m’épouser ? Ce qu’on appelle un coup de sens (et mon sang, lui, fait plusieurs tours…). Et à ceux-là, je ne crains de l’exprimer, je sais qu’ils savent entendre sans prendre tout au pied de l’oreille.
 
Quand ce n’est pas sa justesse et sa clarté d’expression, son aménité et une relative simplicité, c’est l’ardeur de Rémi Mogenet qui me plaît, profondément, car ils sont rares les êtres qui, comme lui, se frottent à tel point - et courageusement, donc - au réel, assument une parole aussi personnelle que singulière, et singulière parce que personnelle, et parce que cette unicité-là, de Rémi, nous convoque, avec délicatesse mais parfois avec une joyeuse pugnacité, à l’avènement et/ou l’accomplissement de la nôtre, d’unicité.
 
Je me sens riche, ce jour, du dépôt de ces choses vues par Ramiel (pseudo sous lequel il signe habituellement), et la richesse se démultipliant, lorsque partagée…
 

Avec l’écho peint d’la neuille
- et il n’en est pas un sur cent, mais ils existent -,
le ciel de ma nuit ne sait plus demeurer assombri…

 

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Envie de vous signaler volontiers le bel article de synthèse que Gilles donne à lire, de lui : Dada est un nihilisme. It wraps it up pretty well, sans étouffer le sujet. Inutile de dire que je me le garde sous la dent, pour entretenir l’esprit de mon DADA & TATOU prochain.
 




   Libellé(s) ophidien(s) : Ceinte d'Écritures, Ceinte d'Art - par MD ~ @ (lien permanent) - 2:34 pm

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44 Bô ââââhh ! »

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  1. Merci de cet éloge, Marie Danielle. J’aime chez Lovecraft l’ardent désir de toucher à l’éternité, indépendamment de ce qu’il compte en tirer pour lui-même : c’est l’amour de l’absolu sans frein, sans peur, avec d’autant plus de courage qu’il lui fallait regarder une mort qu’il pensait également être celle de sa conscience. Mais il demeurait le mystère des bruissements, perçus en rêve. Le sentiment de l’éternité indique-t-il que l’âme se trouve liée à l’éternité, au moins par le sentiment ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 20/06/2007 @ 5:33 pm

  2. Un éloge, mais surtout une capture d’un moment où vous dégagez les fleurs parmi les ronces, cher Ramiel. Ne cherche-t-on pas à retenir les bouffées d’air pur ?

    Je reprendrai peut-être sa lecture, à Lovecraft, mais je suis si perméable aux sensations que dégagent ses créatures comme avec celles illustrées dans Le festin nu de Cronenberg, que j’avoue ne psa trop rechercher qu’elles me collent à la peau comme des ventouses… Sauf qu’avec ce que vous en donnez à voir, le goût du risque nous prend.

    Les sentiments sont-ils des mensonges ? Je ne crois pas, puisqu’il nous faut savoir les prendre en compte pour vivre en ad-équation. Ce qu’on échafaude à partir d’eux, par contre, on peut discuter…

    Alors, si on vous fait un bisou, on embrasse l’éternité, dites ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 20/06/2007 @ 6:05 pm

  3. Euh, certainement !

    Ce qu’il y a, c’est qu’il existe une possible confusion, entre les sentiments et l’intelligence. Les sentiments peuvent biaiser un raisonnement. Mais l’esprit n’est pas fait seulement de raisonnements.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 21/06/2007 @ 1:32 am

  4. C’est-à-dire que je ne pense pas que les sentiments en eux-mêmes soient des mensonges, mais comment on aura traité une matière ou un signe ou une situation pour en avoir suscité d’inappropriés, ça oui. Mais s’ils ne sont pas des mensonges en eux-mêmes, ils ne sont pas forcément, et même jamais à eux seuls, la vérité. Du moins, ce me semble.

    Bon matin, Ramiel, moi je m’apprête à aller dormir. Ciao!

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 1:44 am

  5. Un sentiment ne signifie pas nécessairement une idée particulière, surtout. Si on désire un objet, on peut penser qu’il a quelque chose qui provoque le désir ; mais ensuite, rien ne prouve que cet objet mérite d’être possédé, car il peut aussi contenir des aspects qui finiront par provoquer le dégoût, et qu’on n’avait pas vus au départ.

    Donc, ce qu’il y a, c’est qu’il faut retenir que le sentiment ne montre qu’une facette de la chose, en soi vraie, mais partielle. Or, la tendance générale est de croire que le sentiment renvoie à l’essence de la chose, à sa vérité cachée, ou alors à sa totalité fondamentale, si je puis dire. Eh bien, c’est complètement illusoire. Cela ne renvoie qu’à une chose parmi d’autres. On peut avoir du désir pour le propriétaire d’yeux merveilleux, et finalement, voir ce désir être freiné par la possession, par la même personne, d’oreilles hideuses, ou d’une bouche immonde. Que le sentiment renvoie à une vérité ne doit pas faire disparaître l’esprit critique, qui empêche que cette vérité devienne la seule, en fait.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 21/06/2007 @ 10:03 am

  6. Oui, c’est presque ce que je disais, mais en moins de mots…

    J’vous tire la pipe, dear.

    J’ajouterais que, avant même de parler de faire disparaître l’esprit critique, on peut se préoccuper de savoir s’il y a, au préalable, présence d’esprit.

    Dieu qu’en des termes polis ces choses sont dites.

    ‘Skoûzatez, je ne crois pas que l’on pourra tirer grand’chose de sérieux de ma part aujourd’hui, aussi irai-je faire la vaisselle… ;-)

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 10:42 am

  7. D’un autre côté, de beaux yeux, ce sont de beaux yeux : il ne faut pas trop réfléchir, mais aussi vivre, sans trop se préoccuper de savoir si son désir est légitime sur le plan ontologique !

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 21/06/2007 @ 11:04 am

  8. Oui, et de laides oreilles, ça peut se masquer. Ou alors on s’applique à développer un goût particulier chez l’autre, en jouant du Gainsbarre…

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 12:16 pm

  9. Je n’aime pas Lovecraft. Il est préférable de laisser nos monstres dormir. À force de leur donner de la lumière, on les réveille.

    Un bô ââââhh ! poussé par Gilles — 21/06/2007 @ 1:11 pm

  10. Oui mais ça, ça n’est pas faire comme s’ils ne se réveillaient pas parfois malgré qui voudrait les croire endormis ? Et que dès lors , ne pas les connaître serait un peu se révéler à leur merci ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 1:49 pm

  11. Ne pas les regarder, c’est souvent les laisser nous saisir aux chevilles : c’est un fait. Pour moi, c’est comme si on disait que si on ne regarde pas la mort, si on n’en parle pas, on a une chance qu’elle n’advienne pas.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 21/06/2007 @ 2:15 pm

  12. Et les projeter dans la lumière, ça n’est pas justement anéantir leurs pouvoirs ? Les monstres misent sur la peur, sachant que lui faire face la dissout, et eux avec elle, à mon avis. Le processus en cours n’est tout de même pas sans risque aucun, non, Ramiel ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 2:49 pm

  13. « Et les projeter dans la lumière, ça n’est pas justement anéantir leurs pouvoirs ? »
     
    Je ne pense pas… Car depuis le temps qu’on expose au grand jour toutes les horreurs de l’esprit humain, elles auraient disparues. Les monstres qui vivent sous le lit sont immortels ; je ne propose pas de nier leur existence. Je ne partage pas les choix esthétiques de Lovecraft, voilà tout. Mais j’admets que les monstres fascinent d’autres que moi.

    Un bô ââââhh ! poussé par Gilles — 21/06/2007 @ 7:33 pm

  14. Cette question-là, c’est vrai, n’est pas si simple, que l’on pourrait y répondre en un tournemain (quoique, Gilles, avec Ramiel, on finit par penser qu’”impossible” n’est peut-être pas Français ;-) ).

    Mais, si je reprends votre argument, elle est somme toute encore assez récente, cette exposition au grand jour, non? Et il y a eu des horreurs depuis la “nuit des temps”. La lumière et la noirceur, pourrait-on conclure - mais un peu précipitamment, à mon avis -, ne feraient donc rien à l’affaire. Sauf que, faudrait voir de quel grand jour on parle. Si c’est celui du traitement médiatique, je serais bien d’accord à dire qu’il nourrit le plus souvent la bête, par son sensationnalisme. Si c’est le grand jour de la science, je ne suis pas convaincue qu’il se soit levé sur tout, mais que ceux qui s’y croient parfois n’arrangent rien à l’affaire. Par exemple, Raymond Klibansky, dans l’ouvrage écrit à 6 mains, Saturne et la Mélancolie, a montré dans quelles considérations était tenue la mélancolie par le monde médical au cours de l’histoire, et je crois bien que encore à ce jour, bien des superstitions demeurent. Si certaines maladies, passant autrefois pour folie ou possession démoniaque ou quelque fantaisie du genre, sont mieux comprises, la science est encore loin d’avoir tout expliqué, mais surtout d’avoir trouvé quelles bonnes réponses apporter et appliquer.

    Personnellement, je peux parler de mon expérience en analyse (sans toutefois en faire une panacée, ni lui prêter une capacité de réponse à tout), à travers laquelle de présumés monstres, selon les traitements que mon milieu social, religieux ou familial, ou les trois, leur faisaient, sont devenus de bien insignifiantes choses, à y regarder de près. Mais la trouille que j’ai éprouvé envers eux avant d’y arriver, j’vous dis pas ! En même temps, de les avoir démasqués en moi-même, peut parfois avoir produit l’impression, chez ceux qui sont encore aux prises avec eux, que j’étais devenue un peu… monstrueuse à leurs yeux, sinon, objet de fascination (la terreur ne se tient pas toujours très loin de ce sentiment non plus, cela varie). Mais il suffit (plus vite dit que fait) d’apaiser leur dragon pour qu’eux aussi, à leur tour, se calment. Ce qui ne durera que jusqu’à ce que leur dragon se réveille à nouveau, mais je ne suis pas toujours là ! (je rigole assez à cette dernière idée, mais en même temps, mon cœur se serre bien un peu aussi)

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 21/06/2007 @ 8:29 pm

  15. Gilles, votre exemple n’est pas probant : car précisément, si on éclaire le dessous du lit, les monstres cessent d’y être ! La lumière de la connaissance a toujours détruit les monstres primitifs. C’est armé de cette intuition que Lovecraft a conjuré les monstres de ses nuits, et les a vaincus, en les dévoilant. Le mal ne progresse justement que dans l’ignorance des hommes, qui, s’ils l’identifiaient comme mal, ne le laisseraient pas progresser. Le mal qui progresse même quand on le regarde en face n’est sans doute pas un véritable mal, mais une force naturelle en réalité bénéfique que des préjugés ont assimilée arbitrairement au mal. Par exemple : le désir sexuel. Il n’est pas si laid qu’on peut croire. Cela dépend. Le démon ne se définit pas à l’avance. En tout cas, c’est mon avis : il n’y a pas de véritable connaissance sans regard sur le mal.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 22/06/2007 @ 1:44 am

  16. Ramiel a écrit : « […] si on éclaire le dessous du lit, les monstres cessent d’y être ! »
     
    On le pense… Mais le dessous du lit n’est pas éclairé en permanence. De toutes manières ce n’était qu’une image.
     
    Quant à la connaissance, elle n’a que peu à voir avec les pulsions, nom moderne des « monstres ». Bien sûr, on ne croit plus que des sorcières se cachent dans des maisons de pain d’épices au cœur des forêts pour dévorer les enfants, il y a les pédophiles, pour ça. Bien sûr, on ne croit plus que la folie est une possession démoniaque, on sait qu’un déséquilibre hormonal suffit. Bien sûr, on sait que le sexe est une chose bonne ; ce qui l’est moins, c’est le tourisme sexuel. Ce que j’essaie de dire, c’est que la connaissance des vraies causes ne change pas notre nature ; elle reste imprévisible.
     
    Contrairement à toi, si je t’ai bien compris of course, je pense que la science n’a pas de prise sur l’inconscient humain, elle est un instrument neutre, et sert autant le Bien que le Mal, si elle éclairait autant que tu le dis, aucun savant n’aurait collaboré aux expériences atroces, passées et actuelles, sur les armes bactériologiques. Ce n’est qu’un exemple.
     
    Nous en reparlerons.

    Un bô ââââhh ! poussé par Gilles — 22/06/2007 @ 9:48 pm

  17. Je pense que la découverte des vraies causes, c’est à dire des monstres premiers, ou ultimes, permet réellement de les détruire, ou en tout cas de ne plus être à leur merci. Si la science telle qu’elle est ne le permet pas, c’est parce que, à mes yeux, elle n’est pas si bonne qu’on croit. Elle est bonne pour faire des machines, mais quant aux vraies causes des pulsions, elle ne voit rien, précisément parce qu’elle fait comme si ces pulsions obéissaient aux mêmes lois que les machines, par lesquelles, consciemment ou non, elle est obnubilée. Or, ce n’est pas le cas : le vivant ne réagit pas de la même manière que ce qui ne l’est pas. C’est nié, en général, à partir d’un postulat.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 23/06/2007 @ 6:53 am

  18. « Laisse monter au jour ce que tu as vu dans ta nuit. »

    C’est quand même un peu dégueulasse, non ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 23/06/2007 @ 8:15 am

  19. « […] dans la succession de la nuit et du jour,
    il y a vraiment des Signes
    pour ceux qui sont doués d’intelligence »
    (Coran, III-190)

    [Pas pu m’empêcher, sorry ;-) ]

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 23/06/2007 @ 8:26 am

  20. ” C’est quand même un peu dégueulasse, non ? ”

    C’est vraiment vous, ça, Jean-Balthazar ? Ça ne vous ressemble tellement pas… Je supposerai que vous avez fumé de mauvais cigares.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 9:20 am

  21. Bôââââhh !

    Ou peut-être un peu trop de blondes :

    « Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? » disait Jean Seberg, concluant À bout de souffle.

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 23/06/2007 @ 9:30 am

  22. Belmondo, il parlait du fait de mourir, non ? Vrai que, abandonner une belle nuque de blonde, c’est dégueulasse…

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 9:55 am

  23. Gilles, vous avez vu l’entretien que Stéphan Bureau a eu avec Éric-Emmanuel Schmidt l’an dernier (émission Contact, TéléQuébec) ? Pour EES, l’art ne doit pas être sans éthique, doit célébrer la beauté et la vie, doit élever. La question est de savoir par quels moyens; le nihilisme de Dada, par exemple, ne cherche-t-il pas à tuer les monstres jusque dans l’œuf ? Et pourtant, il n’apparaît pas toujours digeste pour tout le monde à la première approche. Lovecraft ne semble pas agir sur Ramiel et vous de même manière, ni sur moi non plus, pour ce que j’en ai lu déjà : ce qui donne matière à réflexion. Sa correspondance pourrait plus sûrement me plaire, je crois, si j’en juge la lettre citée sur une précédente note.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 10:10 am

  24. Mais si, Marie Danielle : Lovecraft a eu sur moi une grande influence, y compris morale ; il m’a appris à regarder les ténèbres, à vivre avec la peur sans perdre la raison. Il m’a appris à le faire mieux que si je ne l’avais pas lu, je veux dire. On peut avoir peur, et agir quand même selon la raison : c’est ce qu’apprend Lovecraft, jusqu’à un certain point.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 23/06/2007 @ 12:49 pm

  25. Ramiel, vous me répondez comme si j’avais dit le contraire, ce qui n’est pourtant pas le cas, y a qu’à me relire, car je ne suis pas à devoir me faire convaincre, en la matière. Toute nouvelle peur, toutefois, est à chaque fois un nouveau défi dont les victoires passées peuvent avoir affermi celui qui aura passé les épreuves, mais la victoire sur elle tient aussi des ressources et de l’imagination dont on saura faire preuve pour l’anéantir, ou composer avec. Enfin, y a pas que la peur, en jeu, qui entretienne les monstres.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 1:18 pm

  26. Les monstres font peur !

    Ce qui crée les monstres, c’est l’imagination.

    En fait, rejeter la peur, en se détournant de l’objet qui fait peur, ce n’est pas vaincre la peur : c’est au contraire se livrer à la source de la peur, en niant son existence.

    Les monstres ne sont pas l’émanation de la peur, mais la représentation de ce qui fait peur obscurément. La peur n’est là que pour guider l’imagination, pour que la représentation soit correcte. Cela, c’est vaincre la peur, puisque c’est lui donner des contours, une cause ! En la rendant légitime, on l’empêche de noyer la raison.

    Ce que représentent les monstres, c’est bien, dans ses différentes formes, ou aspects, l’immonde chaos primordial et final, celui qui détruit et déforme les organismes pour les broyer et les faire disparaître à jamais. Qui peut nier qu’une telle force de chaotisation existe, et qu’elle est puissante, dans le monde physique ? C’est absurde, de ne pas avoir peur. Celui qui n’a pas peur n’aime pas la vie !

    La peur, de fait, est là pour rendre service : elle indique le danger. Ne pas voir le danger, ce n’est pas l’empêcher d’exister !

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 23/06/2007 @ 1:54 pm

  27. “Ce qui crée les monstres, c’est l’imagination.”

    “Tu m’étonnes”, Ramiel, ainsi que vous dites, vous, les Frenchies.

    Avant même que l’imagination ne s’en mêle, dans la toute petite enfance, il y a les impressions générées par les proches ou l’entourage. Chez ceux qui exercent oppression et/ou répression, par exemple, il y a manipulation en usant de l’imagination pour exercer un pouvoir sur les autres. L’imagination est donc loin d’avoir préséance, en matières de productions monstrueuses.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 2:17 pm

  28. Marie-Danielle, Marie-Danielle… comment vous dire ?… Dans le film, Belmondo meurt parce que trahi —dénoncé— par la jolie nuque blonde à laquelle il a tout sacrifié, voyez-vous…
    “Tout” étant sa vie de mauvais garçon voleur de voitures —américaines.

    Comme dans les nouvelles de Lovecraft, voici un être de la nuit dont la tragédie fut de trop rêver du jour…

    Reste, s’il faut tout préciser, que l’on ne comprend le jour qu’après avoir traversé la nuit. (Et réciproquement.)

    Ce que semble indiquer l’image de Jean Seberg reprenant le tic de Belmondo : se passer l’ongle du pouce sur la lèvre inférieure. Comme si…

    ————

    Et si l’imagination ne faisait que donner forme aux perceptions de l’âme (dont le corps ne serait qu’une part) ?

    Ce qui expliquerait l’importance des contes, racontés aux grands comme aux enfants : une imagination, cela s’éduque, aussi.

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 23/06/2007 @ 3:04 pm

  29. Bon, récapitulons, s’il faut tout préciser (c’est trop de bonté. vraiment, your highness… sinon, vous savez, un effort de rencontre, it goes both ways, mais peut-être faites-vous partie de ceux qui considèrent qu’il revient surtout aux femmes, ou aux “petites” gens).

    D’abord, le seul emploi du terme dégueulasse ne réfère pas dans tous les esprits à Godard, loin de là, sinon ça se saurait. Ensuite, vous aviez commis, sans autre préavis, un grand écart entre le lien qui était présent à votre esprit, et celui par lequel j’avais lié cette citation au propos de Ramiel. Par ailleurs, je ne crois pas avoir déjà vu ce Godard, alors j’ai un peu cherché à décrypter ce 1er et très sibyllin commentaire puis, à la suite de votre dernier, suis allée lire au sujet du film en googueulant, pour conclure que, si je saisis un peu mieux quels motifs sont en cause ici, il me faudrait voir le film (je l’ai inscrit à ma liste d’épicerie pour ma prochaine visite à la BAnQ, le sujet débordant vos seules interventions sur ce fil, n’est-ce pas) afin de “juger” de ladite trahison, s’il y a lieu de la considérer telle (ce visionnement me permettra de déterminer si celui qui s’est senti trahi a eu raison de l’éprouver ainsi, ou si ce n’est pas lui qui a mis la table de telle sorte que les choses auraient difficilement pu se produire autrement*).

    Enfin, quand vous écrivez “voici un être de la nuit dont la tragédie fut de trop rêver du jour…”, vous télescopez bien des choses, même en ajoutant votre phrase suivante.

    * en fait, j’allais poster mon com, mais mon idée est devenue plus claire : le film semble tendre à mettre en gros plan la trahison de Seberg, mais se pourrait-il qu’il ferme les yeux sur une trahison initiale de Belmondo ? J’irais jusqu’à me demander si ce n’est pas lui-même qui lui-même s’est trahi le premier. Mais on voit tellement plus facilement l’autre que soi.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 4:26 pm

  30. Bon, bon. Moi c’que j’en disais, hein ?

    Mais voyez le film, oui. En effet, il dépasse de beaucoup mes petit commentaires.

    Toutefois, je tiens à ma perception, très subjective, de cette façon qu’à Patricia-Jean Seberg d’avoir soudainement, pour la première fois, le geste que son défunt amant fit durant tout le film.

    J’y tiens beaucoup.

    (Faire le grand écart quand le sujet est : le jour et la nuit, c’est la moindre des choses, non ? Sur un blog de bonne tenue, veux-je dire…)

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar Roturier de l'Oxymore — 23/06/2007 @ 4:55 pm

  31. …Sur un blog de bonne tenue, comme celui-ci

    Ne nous méprenons pas plus.

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar Roturier de l\'Oxymore — 23/06/2007 @ 5:05 pm

  32. Disons donc que vous vous reprenez bien, mais que vous vous reprenez de justesse…

    Ce qu’il y a, quand même, avec ce que semble illustrer ce film, c’est que ça neprésenterait que deux êtres qui s’échappent tout autant à eux-mêmes qu’ à l’autre, du début jusqu’à la fin, non? Ce qui est le plus représentatif de la vie courante, depuis que le monde est monde, dirait-on. Sauf que ça m’insupporte. Parce que je crois qu’à un moment donné du jour - et ça ne demande pas d’avoir bu toutes les nuits -, il y a un terrain de défriché qui permet de dépasser cet enfermement (dont les plus enfermés n’ont aucune conscience, n’est-ce pas), mais que ça revient alors à chaque partie de construire là-dessus, sinon y a pas de mise en commun et de projet. L’affaire, c’est que souvent ceux qui ont bu jusqu’à un certain point voudraient que l’autre aient bu la même chose qu’eux… ne sort pas de l’auberge qui veut ! (vraisemblablement le cas des deux protagonistes à bout de souffle).

    - > Ajout ultérieur : ce qu’il y a aussi, c’est que je ne suis pas convaincue que, dans la vie, n’est en cause que ce motif de nuit-jour, comme dans ce film qui, s’il soulève une question fort complexe, en aurait fait sa principale (unique) question, et la vie, elle, en contient bien d’autres.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 5:28 pm

  33. Ah ben non, bien sûr, y’a pas que le jour et la nuit. Il y a aussi l’hiver et l’été, le printemps et l’automne, les 2 solstices et les 2 équinoxes.

    Sans oublier le chaud, le froid, l’humide et le sec, non plus que le feu, l’eau, la terre et l’air…

    Nous en sommes d’accord.

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar Roturier de l'Oxymore — 23/06/2007 @ 6:34 pm

  34. Vous cherchez vraiment à vous attirer des baffes…

    Qui plus est, vous contribuez à raviver l’envie de laisser tomber tout échange avec quiconque je n’ai jamais rencontré. On peut fort bien bloguer sans ouvrir les commentaires, n’est-ce pas ?

    J’ai par ailleurs découvert, en googueulant, que Godard était passé par Lyon. Comme quoi y a des obsessions qui paraissent trouver leur lieu.

    Tout ce que je disais, c’est que c’est pas parce que pour l’un, l’enjeu se place à un endroit que c’est nécessairement le cas pour l’autre. Mais les dominants (les plus nécessiteux, en fait) n’admettent pas autrement que selon les leurs.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 23/06/2007 @ 7:00 pm

  35. Marie Danielle, la rhétorique qui utilise les monstres et toutes les figures poétiques pour influer sur la volonté d’autrui n’est pas ce qui en soi crée les figures poétiques, dont les monstres de la mythologie et des nouvelles fantastiques de Lovecraft font simplement partie. Il est d’ailleurs extrêmement rare que cette rhétorique invente de nouveaux monstres : en général, elle reprend ceux qui ont été déjà inventés. Lovecraft n’est pas un de ces rhéteurs : c’est un vrai poète, et donc, un authentique créateur de monstres. Il a donné forme aux forces indistinctes qui assaillent l’âme humaine : il les a représentées. (Ce sont, en particulier, les forces de dispersion et de dépersonnalisation, d’une part, d’absorption et de réduction, d’autre part ; cela peut avoir lieu dans l’enfance, ou n’importe quand.)

    Sinon, Jean-Balthazar, et pour cela même, vous parlez d’or.

    Pour “A Bout de souffle”, c’est un chef-d’oeuvre, et j’ai le sentiment que Marie Danielle n’a pas reçu une explication claire du contexte de ce mot de “dégueulasse”. Il prend tout son sens quand, sur le point de mourir, le héros fait une grimace familière à sa copine : il veut établir un lien, une complicité entre elle et lui, qui prouve qu’elle l’aime. Mais elle reste glacée : elle ne répond pas. Elle refuse de l’aimer. Il lui dit donc : “T’es vraiment une dégueulasse”, et il meurt. Or, au cours du film, il y avait déjà eu une discussion autour de ce mot, “dégueulasse” : le héros l’avait utilisé, et sa copine lui en avait demandé le sens. Bref, ce mot symbolise tout l’égoïsme de l’amour tel qu’il se fait en général, notamment avec les jolies filles qui font rêver, mais ne donnent rien.

    C’est comme dans “Lost Highway”, de D. Lynch. Le héros change de forme, pour enfin posséder, réellement, sa propre femme ; il lui dit : “I want you” ; elle lui répond, alors même qu’il vient de jouir en elle, et qu’elle s’est penchée jusqu’à son oreille, chuchotant : “You’ll never have me.”

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 24/06/2007 @ 3:08 am

  36. Merci Ramiel.

    Marie-Danielle a raison de souligner que cela n’est pas le seul type de relation amoureuse (mais une d’entre elle). Je vois, aussi, que je me suis mal exprimé et je regrette ce malentendu.

    M’en tirerais-je avec 10 gros poutous d’amende ?

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 24/06/2007 @ 5:33 am

  37. Oui, bien sûr, il y a aussi des hommes très égoïstes et très dégueulasses. Il y a, de surcroît, les relations amoureuses entre les anges, voire les saints, qui sont d’un autre genre : personne n’y est dégueulasse. Ensuite, il y a les relations où on l’est, mais où on fait comme si ce n’était pas le cas. Il y a de tout. Mais globalement, le pauvre amour terrestre, si pathétique, si tragique, aussi, est assez conforme à ce qu’en a montré Godart, à mon avis.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 24/06/2007 @ 8:07 am

  38. Perso, hier j’ai vu les cornes de Traube poindre, lisant Flatun. Je dis les cornes, comme l’on dit d’un jupon qu’il dépasse, et craint que rien ne puisse plus effacer cette vision, même pas l’avant-dernière intervention de Ramiel qui, on l’observe régulièrement chez Passou, forme avec ledit Traube le couple clown blanc & auguste…

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 24/06/2007 @ 9:45 am

  39. Diable, personne pour me dire que j’ai de l’imagination?!?

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 24/06/2007 @ 7:29 pm

  40. Si, c’est très beau. Moi, je vous imagine comme la fille au postérieur rouge de votre blog. C’est très joli aussi.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 25/06/2007 @ 12:55 am

  41. Me revoici, charmé par les vibrations de vos rythmes (tout comme les serpents, qui n’entendent pas la musique de leur charmeur, étant sourds ) : il y avait longtemps, et que vois-je à peine arrivé ? Friedrich et Lovecraft !!! Que demander de plus ? ;)

    Un bô ââââhh ! poussé par Benoit — 25/06/2007 @ 4:25 am

  42. Il m’aura fallu deux nuits sans rêves avant que je ne puisse voir eyes wide shut, après lecture des commentaires de Flatun.

    Ce jour est gris de pluie. Et, Ramiel, vous avez l’imagination paresseuse, de la laisser reposer sur ce qui est déjà donné. :-)

    Tiens, tiens, si c’est pas Benny ! Paris ne t’a donc pas avalé ? Je constate que tu as perdu ton nombril, mince ! M’en vas aller jeter un œil sur ton nouveau bazart.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 25/06/2007 @ 8:25 am

  43. // […] C’est un jeune homme de 20 ans, formé par Aristote, qui franchit l’Hellespont en portant un toast dans une coupe d’or, puis court vers les ruines d’Ilion, la colline inspirante du peuple grec et première station de son «pèlerinage homérique». Il s’empare de l’empire de Darius et part à la conquête des satrapies orientales. Le voici qui avance en Sogdiane puis en Bactriane (là même où, aujourd’hui, les Américains mènent la guerre contre Ben Laden). Des peuples médusés regardent passer ce météore qui, une fois vainqueur, cesse de les traiter en ennemis. Ils n’oublieront pas ses yeux pers ni les deux cornes de bélier fixées sur son front par une résille d’or. […]

    Relevant les vaincus pour les associer à son destin, il fait écho à l’antique proclamation d’Antigone: «Je ne suis pas née pour haïr.» Les étincelles de sacré jaillies sous les sabots de son cheval Bucéphale annoncent le monothéisme. Son armée victorieuse crée le monde où va s’élaborer le christianisme. Encore une fois, il faut citer Malraux: «Néanmoins ce qui le remplace sans lui succéder n’est ni Rome ni le christianisme, c’est l’Islam… De Lahore jusqu’aux colonnes d’Hercule.»

    […]

    Dans le même temps, Alexandre devient un petit prophète de l’islam. Il est assimilé dans la littérature arabe à Dul Qarnayn, l’homme aux deux cornes et instrument de la volonté divine. //

    Le dossier Alexandre

    (En fait de littérature, c’est à l’origine dans le texte coranique, mais peu importe.)

    Comprenez, Marie-Danielle, que relever ce si beau compliment que vous nous fîtes à tous trois, eut put être discourtois.

    Un bô ââââhh ! poussé par Jean-Balthazar — 25/06/2007 @ 5:41 pm

  44. Dix courtois ? Mais je n’en compte que trois (et encore..) ?!?

    Enfin, bref, voilà ce que l’on peut qualifier de haute contre-passation.
    (comme quoi, quand vous voulez… lol kikoolol mdr :-) etc.)

    D’à-corps et d’esprit (d’ès prix aussi, mais moins).

    Quand même, et si je peux me permettre, j’crérais ben que Antigone n’a pas dû se réjouir tous les jours de ne pas être née pour être aimée. (lol kikoolol mdr :-) etc. bis)

    Lots of poutous for you.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 25/06/2007 @ 6:20 pm

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   SultaneRouge   Qui, du Serpent ou de vous, charme l˚autre ?

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