02/06/2007

   SerpentFractale  « Je savais que le feu ne brûlait pas en vain. » Yves Bonnefoy


–> auquel Bonnefoy se sont joints ici Büchner, Lenz, Veinstein et Kreiss…

Étrange comme des personnages (ayant réellement existé ou ayant été imaginés) de livres différents peuvent s’installer et faire causerie en nous, alimentant de leur lumière ou de leur noirceur notre réflexion… Dans ce cas-ci, ils sont six. En premier lieu, Yves Bonnefoy, figure – plus que personnage - de très grand poète (Français) de notre temps; un poète et dramaturge du Sturm und Drang, Jakob Michael Lenz (1751-1792), dont l’histoire nous est relatée dans une nouvelle inachevée de Georg_ Büchner* (1813-1837), dramaturge romantique, allemand également; les personnages du peintre et du galeriste du roman d’Alain_Veinstein, Violante, et enfin, le traducteur et fameux préfacier de ladite nouvelle, Bernard Kreiss.

Le galeriste déserté et Lenz le ravagé auraient peut-être pu trouver oreille et épaule sur lesquelles compter tant la qualité de présence à l’Autre et à Soi est profondément douce et lucide dans la poésie d’Yves Bonnefoy. La bénéfique rencontre du galeriste frigorifié avec le peintre n’empêchera pourtant pas ces deux-là de nous apparaître pareils à des rescapés même après l’heureuse survenue de Violante, la petite-fille de l’artiste qui, lui, naufragera - plus sereinement, mais - fatalement, et son oeuvre avec lui. Toutefois pas dans la folie, au contraire de Lenz dont l’état se verra aggravé, en dépit du réel sentiment d’amitié du pasteur auprès duquel il est allé chercher refuge dans sa grande désolation. Leur foi commune, sinon l’inadéquation intemporelle entre l’idéal prôné et les réalités humaines de tout temps, creuseront le ravin où Lenz s’abîmera, dans une longue et triste hébétude. Proche en cela d’un certain nombre d’exclus que nous craignons, sdf ou marginaux en tout genre dont on fuit ne serait-ce que leur ombre pour chercher le plein soleil…

Par la citation mise en exergue dans sa préface de Lenz, le traducteur introduit ses sujets (Büchner et Lenz) et les trames sous-tendant leurs vies et leurs oeuvres. « La conscience est un miroir devant lequel un singe se tourmente. », de Georg Büchner dans La mort de Danton. Un singe, oui, pourrait s’agiter devant ses reflets et pourrait en demeurer captif. Par ailleurs, Kreiss relève le débat idéalisme-réalisme qu’a lancé Büchner via Lenz en le soulignant par l’affirmation de celui-ci voulant que « (des) artistes — poètes ou créateurs de formes — qui sont censés nous donner à voir la réalité n’ont pas plus que les autres, c’est-à-dire les idéalistes, la moindre idée de ce qu’est la réalité. ». Si Lenz a demandé - et maintenant nous avec lui - mais « qu’est-ce donc qui en nous devient fou ? », nous demandons également qu’est-ce qui parvient à faire la digue ?

La poésie de l’amour, pourraient nous répondre en chœur Bonnefoy et Veinstein, l’ancien galeriste, accompagné de Violante ? Le désir de vivre, fragile étincelle dans le regard, tel celui ici éprouvé ?

J’entretenais un feu dans la nuit la plus simple,
J’usais selon le feu de mots désormais purs,
Je veillais, Parque claire et d’une Parque sombre
La fille moins anxieuse au rivage des murs.

J’avais un peu de temps pour comprendre et pour être,
J’étais l’ombre, j’aimais de garder le logis,
Et j’attendais, j’étais la patience des salles,
Je savais que le feu ne brûlait pas en vain…


Yves_Bonnefoy, in Hier régnant désert, in Poèmes, Poésie/Gallimard 1982.

Mais, croire en q(Q)ui, ou en quoi ? Selon les écrits bibliques, la foi serait un don. La vie également (big news que voilà !). Et puis - mais ne le sait-on pas assez - nous ne naissons pas tous égaux… Chacun son âtre, chacun ses bois, exposés à des vents heureux ou contraires pouvant nous faire osciller entre vie et mort, physiques ou intérieures. Durer. La dure durée. Insensée, ou pas ?

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Cette note avait été publiée antérieurement sur un ancien blog mien, SPHÉROÏDE TOI-MÊME !, aujourd’hui inexistant. Or, il se trouve que Pierre Assouline consacre, en ce 2 juin, une note au même Lenz de Büchner, réédité en poche chez Points et traduit par Jean-Pierre Lefebvre (alors que celle que j’ai lue l’était par Bernard Kreiss, éditions Jacqueline Chambon). Alors je retire de l’ombre que ces auteurs ne méritaient pas ma note, en me disant que j’y reviendrais ultérieurement, à Lenz, car je saurais mieux, près de trois ans plus tard, formuler certaines choses non-abordées alors.




   Libellé(s) ophidien(s) : Entrer en religion, Ceinte d'Écritures - par MD ~ @ (lien permanent) - 11:37 am

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16 Bô ââââhh !

The URI du rétrolien : http://leserpentmarginal.blogsome.com/2007/06/02/p21/trackback/

  1. Chère Marie Danielle, j’ai récemment écrit un article parlant au fond de Bonnefoy et de son rapport à la foi : “Foi et liberté” : l’avez-vous lu ? (C’est sur mon blog.)

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 18/06/2007 @ 1:13 am

  2. Sacripant de Ramiel ! Vous voilà enfin, mais pour venir, sans rien dire de mon propre texte, faire votre promotion, et sans même avoir la grâce de fournir le lien qui mène audit texte que vous évoquez : bonjour les manières!!

    (j’y mets le style, tout de même, dans ma semonce, sinon vous vous sentiriez totalement vexé, hein…)

    Oui, j’avais lu votre Foi et liberté, avec intérêt d’ailleurs. Ce qu’il y a toutefois, Raminours, c’est que, à vous lire et discuter de tout comme souvent je m’y sens conviée par ce que sont vos propos mêmes, eh ben j’y passerais mes journées! Si j’avais tout loisir de le faire, je m’y adonnerais sans réserve (et puis, si j’avais tout loisir, il me resterait un peu de temps pour mes blogs, donc…), sinon… Eh bien, sinon, à force de vous fréquenter, je constate que j’en tire les mêmes profits - sur le plan de l’articulation des idées en particulier - que si je fréquentais un gym. Avec vous, c’est l’entraînement régulier à la parole, la réflexion, la discussion et tout cela en en tirant un plaisir profond (ce qui est moins sûr au gym). Vous broyez tout, mais pour en tirer de la substance, et des plus soutenantes du coup, pas tant toujours à cause de la teneur de votre propos (au sens où il peut être discuté), mais du fait que l’on rencontre en votre espace une unicité qui appelle à une meilleure expression de la nôtre. C’est l’entraînement cardiovasculaire de la plume! Enfin, moi, à côté de vous, c’était loin d’être la grande forme, mais je prends des forces, avec le temps, j’trouve. Un jour, c’est moi qui vous essoufflera…

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 18/06/2007 @ 12:46 pm

  3. Oui, je me doutais bien que vous aviez lu cet article, qui a dû en dérouter et agacer quelques-uns. Mais la raison pour laquelle je ne commente pas votre article ne se trouve-t-elle pas précisément dans le mien ? Je ne lis pas les textes qui posent trop leur auteur comme poète. J’aime mieux lire des poèmes qui se tiennent sans rapport avec leurs auteurs. Qui ne parlent pas de la perception de la chose, mais de la chose perçue poétiquement. Qui ne prétendent pas dévoiler le poétique en parlant de la perception ! Car cela peut être rompre le charme, si tout se rapporte à soi, en tant que pure subjectivité en soi sans substance. Eh bien, en ce cas, que peut-on dire ? Toute poésie devient inutile, et ne se produit plus que par atavisme. Or, je suis opposé à ce qui se fait simplement par atavisme.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 18/06/2007 @ 2:23 pm

  4. Ah mais, qu’est-ce que vous me chantez là?? Je ne me pose pas comme poète, dans ce texte. Votre commentaire n’est pas clair.

    Et la réponse au question de votre texte Foi et liberté n’est-elle pas dans celle que vous me servez ici? Vos poèmes évoquant le Christ en rendaient-ils une perception poétique !. Ne prétendent pas trop dévoiler le poétique en parlant de vos perceptions ? Je ne sais pas, je demande, ne les ayant pas lus. Personnellement, la série “Hier régnant désert” de Bonnefoy m’avait totalement ravie. Et puis je vous trouve, ici mais aussi dans votre texte, un peu dogmatique vous-même. La théologie négative lui a peut-être été requise ou incontournable pour parvenir à nommer ce qu’il traversait ou ce qu’il voyait. Il y a des fonds qui appellent à d’autres formes, non? Peut-être est-ce ce qu’entendait vous faire comprendre cet éditeur qui vous avait critiqué, que votre évocation du Christ ne se tenait pas suffisamment sans son auteur…?

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 18/06/2007 @ 2:50 pm

  5. Oh, Marie Danielle, je parlais de Bonnefoy, pas de vous !

    Je ne comprends pas ce que vous dites, sur le Christ. En fait, il ne s’agissait pas d’un poème, mais d’un traité critique. Je parlais du Christ comme justement le symbole vivant qui pouvait susciter un désir mystique. En réalité, je pense que la question était précisément celle d’un dogme. La poésie contemporaine est soumise à une doctrine qui dit que l’objet du sentiment mystique n’a pas besoin d’exister pour que le sentiment mystique existe. Il devient donc logique de parler d’abord de ce sentiment, au lieu de parler d’un objet peut-être inexistant. Il est même logique d’en arriver à dire que l’objet en question est inexistant. Encore que cela ne soit pas obligatoire.

    Dans mon traité, je développais l’idée selon laquelle le sentiment est une résonnance par rapport au monde. Cela veut dire que si aucun objet ne suscite le sentiment mystique (par exemple, le Christ), il peut devenir ridicule, grotesque, comique, de feindre d’avoir ce sentiment, qui devient un simple masque, une posture, plus comparable à celle de M. Jourdain nommé Mamamouchi qu’à celle d’un génie inspiré.

    Il s’agit d’un développement. Il veut dire que, pour moi, la poésie doit aller vers le mythe, vers une image, vers le symbole de ce qui suscite le sentiment mystique, si elle veut pouvoir conserver son extérieur mystique.

    Or, Marie Danielle, ce n’est pas une question de dogme. Je ne m’énerve pas. Je n’essaye pas d’acquérir une autorité spéciale. C’est tout le contraire. La vérité est que j’essaye simplement de défendre la poésie telle que je la fais, et donc telle que je la conçois. Car dans les faits, je soutiens qu’elle est critiquée en partie pour de mauvaises raisons, parce que, justement, j’ose donner une image naturelle d’objets mystiques en soi.

    Evidemment, il existe l’argument selon lequel Jésus représenté pour la millième fois n’est au fond pas vraiment poétique : c’est un simple lieu commun, comme les symboles qui, selon certains, peuplent ma poésie. Mais alors, il faut distinguer l’entité vivante qui crée une image dans l’âme, et l’image transmise par l’intellect. Cependant, on me répond, dès lors, que si ma vision de la poésie dépend de l’existence de l’entité vivante qui crée une image dans l’âme, elle s’oppose à la liberté : en effet, on n’est pas obligé d’y croire.

    Seulement, voyez l’hypocrisie, ou plutôt l’atavisme français : pour tout intellectuel normal, il y a forcément un dogme. Soit le dogme laïque, soit un autre. On ne peut pas dire : regardez, je prouve que l’on peut considérer que ma poésie est valable. En effet, on me répond : c’est que vous voulez imposer votre vision de la poésie ! Car on ne conçoit pas qu’on puisse simplement se défendre : aux yeux d’autrui, il s’agit d’obtenir des postes à l’Université, ou à l’Académie. C’est mon seul but. Mais la vérité est autre : c’est que je veux pouvoir faire une poésie qui s’oppose autant que j’en ai envie aux idées des universitaires et des académiciens. Les autres, qu’ils fassent ce qu’ils veulent !

    Or, voyez-vous, il y a à cet égard une vraie hypocrisie, dans la mesure où ces grands savants savent que la poésie telle que je la conçois amusera plus le public que celle de nombre de poètes contemporains très en vue. Il existe un public traditionnel qui aime la poésie, mais qui ne s’intéresse pas aux recherches métaphysiques de la poésie contemporaine. Comme on estime que le public a tort, on s’efforce d’orienter les choses différemment. Mais on n’ignore nullement que le public aime le merveilleux, le fantastique, le mystique qui repose sur des figures mythologiques, etc. Comme, au temps de l’Eglise catholique, on n’ignorait pas que le peuple était parfois plus sensible aux contes sur les fées qu’aux sermons des curés !

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 18/06/2007 @ 3:18 pm

  6. C’est cette “Je ne lis pas les textes qui posent trop leur auteur comme poète.” qui prête à confusion, car dans ma note, je cite l’un de ses poèmes, et n’y vois aucune pose, ou alors vous référez à autre chose, mais soyez plus précis! (nous ne désirons point que je me lasse de vous suivre, do we ? ;-) )

    Selon ce que vous écrivez, il semble bien qu’on vous ait fait le même reproche, et pour votre traité, et pour vos poèmes. Je saisis bien que vous protestiez contre les dogmes de la laïcité mais, vos expériences en la matière n’étant pas les miennes, je ne peux concrètement juger de son discours (à la laïcité), sauf à partir de ce que vous en rapportez en toute logique. Ce me paraît être une bataille politique, au sens large. Au sens strict, si l’éditeur n’est pas l’État, et qu’il se pose contre votre foi, on peut difficilement lui reprocher d’agir de la sorte : publieriez-vous vous-même un ouvrage faisant la promotion - fut-ce avec raffinement - de l’athéisme ? (voir cette note de Miladus : qui ne réclame pas la satisfaction de son premier intérêt, convaincu qu’il soit l’ultime?) Et puis d’ailleurs, vous le reconnaissez sans ambage, vous leur opposez une lutte sans repos.

    Enfin, perso, je ne peux totalement détacher mes sentiments, dussent-ils être mystiques (ce qualificatif m’agace royalement, pour tout vous dire - et je déteste l’effet réducteur, ou manquant de justesse, de ces étiquetages), de ce sur quoi ils se sont initialement greffés, ou par lesquels objets ils ont été suscités. Toutefois, la relation qu’on a fait du Christ s’étant trouvée truffée de faussetés, il ne saurait plus être un objet adéquat. sauf que, pour parvenir à exprimer ces choses insaisissables, il faut bien user d’un support familier à beaucoup. C’est pourquoi la théologie négative peut me convenir plus qu’à vous, peut-être. Me faudrait aussi relire (c’est si loin, et j’étais si jeune) Thérèse d’Avila ou Jean de la Croix afin de revoir ce à quoi référait les nuits obscures.

    Sinon, Ramiel, diffusez-la, votre poésie, et pratiquez les soirées où on la déclame : si les choses sont comme vous le dites, votre public fera mentir universitaires et académiciens de lui-même.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 18/06/2007 @ 4:37 pm

  7. Ne soyez pas naïve, Marie Danielle : le public agit en fonction de mots d’ordre, ou d’idées sociales, ou morales, et pas seulement en fonction de son goût.

    Sinon, pour l’athéisme, vous vous trompez à deux titres. D’abord, parce que je pourrais réellement publier un livre qui en fait l’éloge, comme j’adore réellement des écrivains qui ont affiché le leur, tel Lovecraft, ensuite parce que cela n’a rien de politique, de mon point de vue : mes poèmes ne sont pas faits pour promouvoir la religiosité ; cela n’a rien à voir. Le fait est qu’une pratique religieuse qui n’est pas secrète peut toujours donner envie à d’autres de l’imiter ; mais ce n’est pas mon problème. Je ne suis justement pas un administrateur de la culture en général. Je m’en moque complètement.

    Pour le Christ, c’est toujours pareil : déjà, la religion catholique interdisait qu’on parle des dieux de l’Olympe parce qu’on avait dit à leur sujet beaucoup de faussetés. Ce n’est qu’un prétexte pour imposer une nouvelle ligne, et porter artificiellement au sommet ceux qui ont particulièrement envie de la suivre. Car la vérité est qu’il est impossible d’aborder un sujet sans se tromper de temps en temps. Cela me rappelle ce juge qui racontait que les erreurs qu’on ne relevait pas dans les procès ordinaires, on les avait bien relevées dans un procès concernant la mairie de Paris, et on s’en était servi pour y mettre fin. Donc, Marie Danielle, ne soyez pas naïve.

    Pour en revenir aux huit vers de Bonnefoy, j’ai eu le sentiment qu’il parlait de lui comme si cela devait m’intéresser, alors que ce n’était pas du tout le cas. Sa démarche intérieure m’indiffère complètement. Toutefois, s’il était moins précieux et savait mieux décrire le néant comme un abîme dont sortent des ombres affreuses, sa théologie négative m’enchanterait. Ce qui me gêne, c’est l’impression que j’ai, qu’il fait de cette théologie une esthétique, alors qu’aucune esthétique ne devrait dépendre de la théologie. La théologie est un sujet, et non une démarche, en poésie.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 19/06/2007 @ 2:00 am

  8. Vous m’étonnez, Ramiel ! Le public est manipulé?!? Il s’en trouve pour contenir l’univers entier dans un discours parfait?!?

    Lovecraft, vous le publieriez autrement que dans ses fictions? Un traité faisant l’apologie de l’athéisme? Justement, jene suis pas naïve à ce point. Vous parliez d’un traité refusé, Ramiel, pass de votre poésie.

    Sinon, pour le reste, je ne saurais juger autrement que sur pièces présentées de ce que cet éditeur vous a dit et de ce que vous en dites. Je ne sais pas comment vous avez traité votre sujet qui évoque le Christ. Et puis, qui sait si cet éditeur vous a fourni les vraies raisons ?

    Quant à Bonnefoy, c’est le “je” qui vous insupporte ? Encore là, qui sait si je “je” est absolument lui ? Par ailleurs, il y a des paroles qu’on ne peut porter qu’au “je”, et ça n’est pas toujours soi qui peux en décider. Et vouloir s’en abstraire sous couvert de dire qu’il faille en parler plus “objectivemnt” m’apparaît totalement discutable, car pour moi ce n’est pas cxe traitement-là que j’apprécierai ou pas, mais plutôt le fait que la parole tenue soit une parole qui cherche à nommer, pas à me convaincre ou à me toucher au premier chef, surtout pas! Ainsi ai-je plutôt reçu la poésie d’Yves Bonnefoy, comme une parole qui veut témoigner de quelque chose et qui résiste. Mais je ne vois pas que la théologie négative fut son sujet, vous dites n’importe quoi!

    Mais, vous êtes exprès de mauvaise foi, sur ce coup, Ramidiable : j’ai vu vos cornes, et je vous ai envoyé valser de mon balai !

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 19/06/2007 @ 7:50 am

  9. J’ai lu la correspondance de Lovecraft, où l’on voit bien mieux que dans ses nouvelles qu’il était athée, et j’ai trouvé cette correspondance sublime. Je ne copmprends pas ce que vous voulez dire. Vous présupposez qu’il est impossible d’aimer quelqu’un dont on ne partage pas les idées. Eh bien, moi, j’aime l’écriture pour elle-même, et me moque complètement des idées défendues. D’ailleurs, je ne dis pas que, d’un certain point de vue, l’athéisme ne soit pas légitime. Il l’est bien. Mais d’un autre point de vue, il est complètement ridicule. Cela dépend de ce qu’on regarde. Celui qui croit en Dieu en regardant des machines me paraît un peu grotesque, à vrai dire. Lovecraft, par exemple, se moquait de ceux qui inventaient un progrès naturel d’ordre divin pour ne pas avoir à regarder la réalité en face ; il avait raison.

    Mon père même a beaucoup aimé le “Traité d’athéologie” de Michel Onfray : comment pouvez-vous croire qu’en tant qu’éditeur, il aurait refusé de le publier ? Or, je n’aurais pas du tout refusé de le présenter au public.

    Notre dernière publication, “Notre Bonneville”, a été écrite par un homme qui n’a jamais fait montre d’une foi d’aucune sorte, et qui est profondément matérialiste, à mon avis. Mais j’ai écrit le quatrième de couverture, qui fait l’éloge de l’écriture vivante et documentée de l’auteur, et j’essaye de vendre le livre : pourquoi non ? Pourtant, il n’y a aucune once de spiritualité, dans l’ouvrage, aucune considération sur le génie des fondateurs, qui étaient des princes de droit divin ou des gens du sacerdoce, soit païen, soit chrétien : sur ce point, Paul Guichonnet est resté totalement muet, et je le connais assez pour savoir ce que cela veut dire : il ne croit absolument pas aux symboles mystiques. Est-ce que cela me dérange ? Pas le moins du monde. Mais si moi, j’écrivais l’histoire de Bonneville, je le ferais différemment, et je trouverais ineptes ceux qui me le reprocheraient. Je crois en la liberté.

    C’est assez grotesque, Marie Danielle : les amateurs de religion ne sont pas du tout plus dogmatiques que les autres, en réalité.

    De surcroît, cela renvoie à ce qui précisément ne m’intéresse pas du tout dans la poésie contemporaine : l’idée que l’intérêt peut être dans les idées qui y sont étalées. Je me souviens avoir plus ou moins rompu avec un poète catholique parce qu’il croyait que la poésie devait receler de bonnes idées, conformes à la tradition mystique proprement catholique, pour être belle : je trouvais cela complètement idiot. Mais ce n’est pas pour trouver intelligent qu’on fasse l’éloge d’un poète parce que les idées défendues dans ses vers sont laïques. Je trouve cela tout aussi idiot, ni plus, ni moins.

    Pour ce qui est du témoignage, c’est comme je disais au début : je me moque complètement de ce que peut penser ou ressentir Yves Bonnefoy, ou n’importe qui d’autre, que je ne connais pas. Je ne m’intéresse qu’aux oeuvres, aux poèmes, en tant qu’objets d’art. Les hésitations intimes d’Yves Bonnefoy sont intéressantes sur le plan moral, peut-être, mais sur le plan poétique, le sujet n’y fait rien. Je me moque bien de ce qu’il ressent, en fait. Le sentiment n’est pas le sujet d’un poème, pour moi, mais son moteur. Ensuite, le sujet est ce qui a provoqué le sentiment, comme le sujet d’un traité scientifique est ce qui a provoqué l’interrogation intellectuelle : l’objet de la nature elle-même.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 19/06/2007 @ 8:42 am

  10. Réponse par points :

    - 1er paragr. : nous parlions d’édition, vous glissez en parlant de lecture.

    - 2e paragr. : je ne crois rien, à propos de votre père. Mon idée, c’est que tout éditeur ne publiera pas systématiquement tout pour la seule raison qu’il aimerait l’écriture. Certains ont d’autres motifs, c’est tout ce que je voulais dire.

    - 3e paragr. : je crois aussi en la liberté, mais s’il y a naïveté à pointer, ce serait de croire qu’elle ne soit jamais bafouée.

    4e paragr. : le grotesque, Ramiel, serait de faire dire à mes mots ce qu’ils n’ont jamais signifié. Ainsi, je n’ai jamais dit que les amateurs de religion seraient plus dogmatiques que les autres. Mais personne n’a établi de statistiques non plus.

    5e paragr. : je répète, j’apprécierai, ou pas, plutôt le fait que la parole tenue soit une parole qui cherche à nommer, pas à me convaincre ou à me toucher au premier chef, une parole qui veut témoigner de quelque chose et qui résiste.

    6e paragr. : je suppose que votre vision de la poésie doit être l’ultime et que les autres ne méritent pas d’exister. Mais je ne vois pas ce qu’il y a de moral dans un vers tel que “Et j’attendais, j’étais la patience des salles”, ni dans tout le reste du poème, d’ailleurs. Et je n’ai pas l’impression de savoir ce que Bonnefoy vivait précisément alors, ça n’est franchement pas du Angot, tout de même!

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 19/06/2007 @ 10:46 am

  11. Eh bien, moi, je pense que ma vision de la poésie est la meilleure, sinon, j’en adopterais une autre. Mais évidemment, je peux me tromper, et je me moque bien de savoir si les autres penseront comme moi ou non. D’ailleurs, en fait, ils pensent, comme moi, que leur vision de la poésie, ou de l’histoire, est la meilleure, et ma foi, je ne les en critique pas du tout, puisqu’au contraire, je les promeus dans le grand public, quand j’estime que leurs livres sont dignes d’être lus.

    Vous-même avez parlé de témoignage, à propos de Bonnefoy. Or, témoignage de quoi ? Que les salles sont patientes ? Cela m’étonnerait. Elles s’écroulent aussi, à la fin, de lassitude. Il s’agit de la patience du poète. Il parle donc bien de lui. Or, justement, j’aimerais qu’il parle un peu plus des salles, s’il les nomme.

    Ensuite, je crois que nommer pour nommer, c’est du temps perdu : cela ne sert à rien. La poésie est faite pour toucher. Il en a toujours été ainsi.

    Enfin, on peut être éditeur et avoir de très mauvais critères de choix, tout en étant subventionné, directement ou indirectement. C’est ce que j’ai voulu dire dans mon article, en fait !

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 19/06/2007 @ 11:04 am

  12. Si déjà j’avais une vision aussi nette - ou arrêtée - que la vôtre, Ramiel, peut-être me battrais-je pour vous en convaincre, mais ça n’est pas le cas. Et pour avoir entendu - et en écouter encore - des poètes parler de leur vision, je préfèrerai ceux qui en parlent en disant savoir ne pas savoir ce qu’elle (la poésie) est tout à fait. Ils proposeront des fragments de ce qu’ils en perçoivent, parce que toujours en marche en elle ou vers elle, jamais arrivés. Sinon, je crois bien que le langage et ses articulations, cela, oui, peut s’apprendre, se discuter et se défendre, mais la poésie s’en jouera bien, lorsque ça lui chantera.

    C’est un peu présomptueux aussi de dire que Bonnefoy ne parle que de lui : qu’en savez-vous ? Son poème peut être un condensé de multiples moments, émotions, idées, observations, que sais-je ! Je ne lui ai pas écrit pour lui demander et ne le ferai psa non plus,mais je goûte ses résonances en moi, et les déchirements des voiles qui masquaient mon regard sur la vie et le monde.

    Et j’avais bien compris votre article, mais vous me semblez particulièrement en quête d’asticotage, : aussi mon espace ne vous est pas fermé ! C”est moi qui torée, ou c’est vous, vous croyez ? Ah non, ça n’est pas la bonne métaphore… Ah oui : si vous cherchez à danser le tango, faudrait savoir ne pas piler sur les pieds de votre partenaire, car ce n’est pas ainsi qu’elle aura envie de se laisser entraîner. Pffff!

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 19/06/2007 @ 11:33 am

  13. Sérieusement, Marie Danielle, un éditeur qui dit qu’on ne peut pas publier un texte parce qu’il évoque le Christ avec affection ne me paraît pas pouvoir être défendu, dans un pays de libre expression. C’est un sectaire, et puis c’est tout. Que peut-on dire d’autre ? Il veut défendre un courant de pensée, et utiliser la poésie pour en faire la promotion. Eh bien, tant pis. Mais moi, pas.

    En tout cas, cet éditeur savait bien ce qu’était la poésie, puisqu’il savait tellement qu’on ne pouvait pas invoquer le Christ, à son sujet !

    Mais voyez-vous, chez les intellectuels, il existe l’habitude mamamouchiesque de faire des mystères pour un rien, afin de se faire percevoir au bord de l’infini cosmique. Cela me fait rire.

    Ensuite, je parle des quatre vers que vous avez cités de Bonnefoy, et depuis le début, je vous dis simplement qu’ils ne m’inspirent pas. Car vous me demandiez, implicitement, pourquoi je renvoyais à un mien article, plutôt que d’enchaîner sur le vôtre.

    Enfin, depuis dix mille ans qu’on en fait, il serait quand même assez bizarre de prendre au sérieux ceux qui prétendent qu’on ne peut rien dire de clair sur la poésie. Ce n’est quand même pas Dieu manifesté en direct ! Cela a une substance, une matérialité.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 19/06/2007 @ 12:18 pm

  14. Ne pas savoir exactement ce qu’est la poésie ne veut pas dire qu’on ne puisse pas en dire certaines choses clairement. Et pis, à la fin, Ramiel, tout le monde n’est pas comme vous : on peut très bien faire des choses sans savoir parfaitement ce qu’on fait, ni tout de ce dont ça retourne (même si les Français apprécieeront plus ceux qui savent en parler que les autres, mais je suis sauvée, grâce à vous je sais déjà un peu mieux dire que je ne sais pas :-) ). Sinon, donnez-moi des références d’ouvrages substantiels et matériels sur la poésie, et je me mets à leur lecture !

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 19/06/2007 @ 12:41 pm

  15. Marie Danielle, j’ai déjà parlé d’Owen Barfield.

    Un bô ââââhh ! poussé par Ramiel — 20/06/2007 @ 1:33 pm

  16. Ah vous voyez, la mauvaise élève prise en flagrant délit d’école buissonnière !

    D’ailleurs, Raminours, mea culpa (ter, with maxima at the end!) , j’avais oublié que vous m’aviez offert de lire - à ma demande d’ailleurs, ce qui aggrave la faute ! - ce texte traduit par vous de Barfield. Je le confesse publiquement. Je l’ai lu, il y a une quinzaine (flash mémoriel soudain), mais je ne suis pas comme vous, moi, toujours énergiquement disposé à moudre tous les sujets et les cuisiner goûteusement sans effort aucun (wouah, ne craindrez-vous point de tomber un jour de ce pied-des-stalles ?!?). On en recausera bien, un de ces 4. À p’luche.

    Un bô ââââhh ! poussé par Marie Danielle — 20/06/2007 @ 3:13 pm

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   SultaneRouge   Qui, du Serpent ou de vous, charme l˚autre ?

Désolée, les commentaires sont fermés pour le moment, le Serpent s'étant défilé.



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